Chère communauté des Animascottes,
Depuis longtemps, j’imaginais ce premier rendez-vous avec vous et finalement, il ne commence ni par une présentation, ni par une théorie.
Il commence dans mon salon ou plutôt dans leur salon …
Il s’agit d’une scène toute simple comme il en existe des milliers chaque jour dans nos maisons.
Une histoire de fauteuil …
Loly avait décidé de s’installer dans le fauteuil de Rudy.
Le sien était pourtant juste à côté, vide et tout aussi confortable.
Rudy est arrivé. Il s’est arrêté. Il a regardé son fauteuil occupé par Loly et puis il a tourné sa tête vers moi.
Il s’est assis calmement. Il a attendu quelques minutes puis il a poussé un aboiement.
Il ne s’agissait pas de son aboiement habituel. C’était quelque chose de différent à mes oreilles. Il était plus posé mais plus insistant.
Je n’ai pas pu filmer la partie précédent l’aboiement, ni l’aboiement. J’ai sorti mon téléphone juste après, alors que la scène se poursuivait dans la vidéo ci-dessous. Celle-ci est sans son et ne montre donc qu’une partie de l’interaction décrite dans le texte suivant :
Ensuite, Rudy a repris ce curieux ballet du regard : le fauteuil puis moi, le fauteuil puis moi, sans agressivité et sans conflit comme s’il attendait que je comprenne.
Extrait de 11 secondes. Le ballet de regards a duré plus longtemps que ce que montre la vidéo.
Si la vidéo ci-dessus ne fonctionne pas dans votre boîte mail, vous pouvez quand même la visualiser en cliquant sur la vidéo ci-dessous :
Extrait de 11 secondes. Le ballet de regards a duré plus longtemps que ce que montre la vidéo.
À cet instant, je n’ai pas eu le sentiment de réfléchir. J’ai immédiatement compris ce que Rudy semblait me demander : intervenir pour qu’il retrouve son fauteuil.
Cette impression a été presque instantanée, comme une évidence.
Mais une évidence est-elle toujours une certitude ?
Ce que j’ai vu, et ce que j’ai compris
Je peux décrire ce que j’ai observé : Loly dans le fauteuil, Rudy à proximité, son aboiement, puis ses regards.
Je peux aussi raconter ce que j’en ai déduit.
Ce sont deux choses différentes.
Je ne peux pas affirmer avec certitude que Rudy voulait exactement que je l’aide à récupérer son fauteuil, ni savoir précisément ce qu’il pensait. Pourtant, mon interprétation ne venait pas de nulle part : elle s’appuyait sur la situation et sur les habitudes que nous avons construites ensemble.
C’est cette impression de comprendre si vite qui a éveillé ma curiosité.
Une précision scientifique
Dans la première version de cette newsletter, j’avais évoqué la neuroception comme une explication possible de ma réaction.
Stephen W. Porges utilise ce terme, dans le cadre de la théorie polyvagale, pour désigner une évaluation automatique des indices de sécurité ou de danger par le système nerveux, sans que nous en ayons nécessairement conscience.
Cette théorie fait toutefois l’objet de critiques scientifiques portant sur plusieurs de ses fondements. Je ne peux donc pas présenter la neuroception comme le mécanisme démontré de ce qui s’est passé entre Rudy et moi.
Il reste une question que j’ai envie d’explorer : comment les indices que nous remarquons, le contexte et les expériences vécues avec un animal peuvent-ils contribuer à cette impression de compréhension immédiate ?
Je peux prendre cette impression au sérieux sans la transformer en preuve de ce que Rudy pensait.
Ce que cette scène m’a donné envie d’explorer
Le fauteuil de Rudy est une petite histoire de notre quotidien. Elle ne parle pourtant pas seulement de ma capacité à comprendre mon chien.
Loly a pris place dans le fauteuil. Rudy a réagi à cette situation. J’ai observé son comportement et je lui ai donné un sens à partir de ce que je connais de lui. Ma réponse, à son tour, a fait partie de la scène.
Le lien se construit dans ces allers-retours. Nous agissons, nous remarquons ce que fait l’autre et nous ajustons parfois notre comportement. C’est cette réciprocité que j’ai envie d’explorer avec vous.
Elle ne signifie pas que Rudy, Loly et moi avons vécu ou compris ce moment de la même façon. Elle m’invite à considérer ce que chacun apporte à notre vie commune et la manière dont, au fil du temps, nous pouvons nous transformer mutuellement.
Dans L’Écho des Animascottes, je poursuivrai cette exploration en faisant dialoguer le vécu, les recherches scientifiques et le sensible, sans confondre ces trois regards.
Un article approfondi n°1 prolongera cette histoire sur cette même plateforme. Sa publication est prévue d’ici la fin septembre 2026.
Et vous ?
Avez-vous déjà eu l’impression de comprendre immédiatement ce que votre chien, votre chat ou un autre animal de compagnie voulait vous communiquer ?
Qu’avez-vous observé à cet instant ? Et qu’en avez-vous déduit ?
Je serais heureuse de lire votre histoire. Vous pouvez m’écrire à animascottes@gmail.com
Rudy, ambassadeur des Animascottes et gardien officiel de son fauteuil !
Animascottement VÔTRE,
Patricia Perrin-Jacquet
Auteure et exploratrice du lien humain-animal de compagnie
“Au cœur du lien humain-animal de compagnie”
Contact : animascottes@gmail.com
Pour aller à la source
Porges S. W. (2021), « Polyvagal Theory: A biobehavioral journey to sociality, »Comprehensive Psychoneuroendocrinology - présentation de la théorie par son auteur.
Grossman P. (2023), analyse critique des fondements physiologiques de la théorie polyvagale, Biological Psychology.
